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Pays 10

 



         Il savait qu’il aimerait encore s’attarder dans son ancienne chambre à renifler les senteurs de l’enfance.fficeffice" />


      On n’en finit jamais avec l’enfant qui est en nous paraît-il ?


Il savait qui il était, qui il avait été et ses angoisses se désincrustaient peu à peu finie la nostalgie des feux de bois, des rochers blancs, de l’odeur du matin en forêt, de l’air pur.


Ici nombreux n’avaient même pas traversé la montagne dans toute leur vie, mais lui il savait.


Il avait fini par comprendre que ce qui lui passait par la tête venait de son cœur, de ses tripes. Il dégusta avec passion ce bon goût de bonheur.


Il avait appris à s’écouter et il se rencontrait enfin pour la première fois.


                                                       


Fin ou Début


25.12.04 16:03


Pays 9

 



         Il traversa le plateau aride et commença à redescendre de l’autre côté en remontant la rivière avec délice, il se sentait bien, il reconnaissait tout. fficeffice" />


     Même par les plus grandes sécheresses quand elle ne coulait plus que par un fil qui se perdait dans les galets brûlants, jamais elle ne l’avait laissé.


       La végétation des berges, ces longs rameaux flexibles des gentianes poussaient drus, la rivière s’étalait, s’attardait, laissant à nu les cailloux.


         Pourtant les crues pouvaient être violentes et alors elle emportait tout sur son passage.


            Lasse, elle ronchonnait contre le soleil aujourd’hui.


  Le courant n’était pas assez fort et elle se séparait en une multitude de petits bras d’eau stagnante.


        Elle faisait peine à voir, offerte au soleil couchant, silencieuse, lourde presque morte, jusqu’à ce que la danse de quelques vairons, paillettes d’argent ne la fît briller de mille éclats.


        Le remous entre les galets, le tourbillon sous l’arche, fredonnait sans une fausse note dans la sourdine inchangée des tentures de lierre, la brise du soir s’annonçait harmonieusement dans les frissons de ses rives, elle le suivait doucemenette.


       Puis, il remonta perpendiculairement le cours, ébloui par les rayons rosés.


Devant lui au bout du champ se dressait le mazet.
      Une vieille s’affairait dans le jardin, quand elle l’aperçut, elle se redressa soudain, souleva le coin de son tablier pour s’essuyer les mains


«  - ho ! droulet c’est toi ? t’es de retour ?


oui , mamée »


Elle l’enveloppa de ses bras dans le triple baiser de la montagne cévenole.




        


25.12.04 15:48


Pays 8

 


         


        Pourquoi était il parti ? pourquoi la ville l’avait elle ainsi enlevé ? fficeffice" />


    Rien ni personne dans cette ville ne l’avait accueilli, ni retenu. De toute façon, les gens de la ville étaient toujours pressés et comme le disaient les vieux par chez lui «  En courant ou en marchant, ils n’iront pas ailleurs que nous, on s’y retrouvera bien assez tôt ! »


      Il n’avait pas de mépris pour la ville, mais plutôt l’espèce de dégoût pour ce qu’il ne connaissait pas, qu’il n’avait pas envie de connaître non plus, et elle le lui avait bien rendu.


     Et cette fille, on ne pouvait rien faire de plus que de l’admirer, la suivre, ne pas en perdre un geste, pas une parole, de l’écouter, la regarder sans fin délicieusement, sensuellement, amoureusement jusqu’au bout, jusqu’à l’imbécile. Elle disait les mots, les articulait, les soignait comme des fleurs rares. Non..


      Il fallait qu’il revienne, qu’il rentre, qu’il s’assoit, qu’il rêvasse, se laisser distraire par une abeille, le chant d’un oiseau, l’odeur d’une fleur, la danse de la poussière dans un rayon de soleil, revoir sa rivière, sa maison, un paradis aux petits bonheurs sans fin.


      Sa Cevenne, c’était son pays, ce pays qui était greffé en lui et qui renaissait sur qui était mort.


 

25.12.04 14:29


Pays 7

 


         Le miel de châtaignes….


 


il sentait cette suave douceur lui couler dans la gorge. fficeffice" />


        Pourtant les châtaigniers autour de lui étaient bien malades, ces arbres grassouillets, solides n’étaient plus que l’ombre d’eux-mêmes, certes les châtaignes étaient encore gorgées de soleil mais les troncs, les malheureux troncs, tordus, éclatés, on ne pouvait plus parler d’écorce, seuls de longs lambeaux racornis se décollaient dans une irrémédiable pelade, et ils lâchaient leurs feuilles par poignées au premier souffle de vent.


        La châtaigneraie montait jusqu’à mi-flanc de la montagne par terrasses semi envahies de fougères et de bruyères, on ne piochait même plus aux pieds des arbres. Le soleil déclinait déjà.
      Mais bientôt les pins furent là, ils poussaient tout seul au sommet de la montagne. Par tranche la coupe avait dessinée un couloir, mais il vit qu’une autre partie avait brûlé derrière la crête, certainement encore un de ces incendies estivaux, dont les longues flammes avaient dû tirer le village de sa sieste aux heures les plus chaudes de la journée.


       Les bûcherons avaient laissé par ci par là quelques outils, gros manches de scie, courroie déchiquetée, bouteilles éclatées.


 

25.12.04 14:10


Pays 6

 



Bientôt il arriverait à la pinède et derrière au plateau et puis derrière encore à sa vallée.fficeffice" />


   Il voyait la pinède, au sommet, c’était l’autre monde des Cevennes, le monde doux, roux, chaud et odorant, le monde des tapis d’aiguilles, glissant et piquant, élastique et moelleux.


Sous les feuillages, le soleil jouait d’une lumière mystérieuse. Il les voyait bien pourtant les pins, dressés comme des flèches vers le ciel bleu, longs troncs dénudés et roides, véritables allumettes pour les feux de l’été.


Les senteurs des pignes fraîches que le moindre souffle de vent lui apportait déjà lui caressaient les narines. Même quand l’hiver était là ça ne changeait rien au paysage de la pinède.


Il aperçut les premières ruches, en Cévennes, depuis toujours les abeilles étaient considérées avec un grand respect, tout comme les vers à soie. Les ruches avaient survécu mais l’élevage du ver à soie avait cessé.


Bientôt, les grenouilles et les crapauds commençèrent leur chant nocturne annonçant la fin de la journée.


Il suspendit son souffle, écoutant, venant des combes et des jasses, chanter les grillons.


La Cevenne allait prendre sa robe de nuit.


 


 

25.12.04 13:27


Pays 5

 



 


Quand on est né dans ce pays, on a toujours le nez tourné vers la montagne et pour comprendre ça, il faut avoir un jour caressé le grain de ses pierres, ici tout vient de la montagne et tout y retourne.fficeffice" />


   Il savait que là-haut, il n’y avait plus rien que le ciel et les rocailles. Un immense plateau semé de cailloux, lustrés par les vents, blanchis par le soleil. L’air y était frais et l’herbe rase.


    Il remontait de cette vallée perdue dans les buissons coupés par les sentes sauvages à l’âcre odeur de mûres.


      Il sauta de cailloux en rochers et passa derrière cette abbaye où on accède par un porche encadré de deux colonnes. Il ne restait pas grand-chose du bâtiment sauf l’arc élancé d’une voûte qui séparait le ciel. Les vents, les arbustes, peuplaient de leurs échos ses murs silencieux.


    Un figuier noueux et un hortensia jaillissaient de la muraille à hauteur d’homme, comme si le sol ne touchait plus terre en ces lieux bénis.


       Tout autour arbousiers, jeunes pins, griviers, noyers, pruniers sauvages, noisetiers et châtaigniers jouaient l’assemblée muette des fidèles.


      Il s’élança plus loin, escaladant un rempart naturel de schiste friable qui se mit à rouler et à s’effriter sous ses pieds.


 

25.12.04 13:09


Pays 4

 



      


        Il devait cheminer encore, franchir les traversiers bien ordonnés, grappiller au passage quelques baies sauvages, longer les franges de ronces enchevêtrées, passer le domaine des chênes verts, jusqu’au champ de châtaigniers, vaincre les pinèdes odorantes, monter au royaume des roches nues là où les vents sentent la neige en toute saison.fficeffice" />


 Arrivé au col, il pourrait de nouveau regarder à ses pieds de l’autre côté, la terre incroyablement caillouteuse, et le village au fond qui s’allongeait sur la rive droite de la rivière, elle qui savait être torrent ou ruisseau, farouche ou sereine selon les saisons.


        Le village, il le connaissait comme sa poche avec ses toits de tuiles cuites rosies par le soleil et ces autres en lauze, cette pierre grise et plates des Cévennes.


    Le village, il le devinait, il suivait en une ligne parallèle de chaque côté le lit de la rivière, il s’étirait le long d’une route, rue principale, départementale, étroite, droite et sombre encadrée par endroit par un couloir de maisons.


A sa sortie, un petit pont jetait son unique jambe par dessus la Grave, encailloutée et embroussaillée.


  Vers le haut, la ligne des maisons s’interrompait sur une petite placette plantée de mûriers, anciens vestiges du passé, nourriture favorite des vers à soie, richesse de magnaneries locales
Sans doute y parviendra t il avant que le soleil glisse sa chevelure rousse derrière les montagnes et que l’herbe encore tiède s’humidifie


 

24.12.04 22:36


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